Comment mettre en valeur l’eau pluviale sur le site ?

Partout au Québec, une augmentation des précipitations est attendue avec des épisodes de pluie plus fréquents et plus intenses. Inondations, débordements d’égouts, érosion des berges : les développeurs immobiliers peuvent agir à leur échelle pour limiter ces phénomènes en envisageant les eaux pluviales comme une ressource et une plus-value pour le projet plutôt qu’une nuisance à canaliser au plus vite hors du site !

En milieu urbain, l’imperméabilisation des sols et la réduction des surfaces végétales perturbent le cheminement des eaux de pluie ou issues de la fonte des neiges. Sans possibilité de s’infiltrer dans le sol ou d’être interceptées par la végétation, ces eaux ruissellent, entraînant au passage toute sorte de polluants. Elles sont dirigées vers les cours d’eau et les réseaux publics qui n’ont pas toujours la capacité de les accueillir ou de les traiter. Avec des pluies de plus en plus abondantes, ces mesures classiques de gestion seront d’autant moins performantes.

Une gestion durable consiste à limiter le ruissellement en quantité et débit, et à réduire la pollution des eaux pluviales. À l’échelle d’un projet immobilier, une combinaison de mesures simples permet de créer un effet d’éponge en maintenant et utilisant au maximum ces eaux sur le site et en retardant et limitant leur envoi vers les égouts. Beaucoup de ces mesures reposent sur du verdissement et participent donc aussi à lutter contre les îlots de chaleur .

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Source: Vivre en Ville

Développeurs immobiliers : pourquoi passer à l’action dans vos projets ?

  • Les aménagements paysagers de gestion des eaux pluviales (noues, bassins, etc.) augmentent la convivialité des espaces extérieurs.
  • Les eaux pluviales, filtrées au besoin, peuvent être utilisées sur le site (arrosage, chasses d’eau des toilettes, etc.), ce qui réduit la consommation d’eau potable des logements et peut pallier la prolongation probable des sécheresses en été.
  • La gestion durable des eaux pluviales utilise des méthodes passives simples qui sont souvent moins coûteuses et nécessitent moins de maintenance que les infrastructures grises traditionnelles (cuve de rétention, etc.).

Chiffres clés pour comprendre et communiquer

+18 %,

c’est l’augmentation moyenne attendue de l’intensité des précipitations à l’horizon 2040-2069 dans la région de Montréal.

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3 points sont accordés par la certification LEEDⓇ v4.1

à un projet qui retient les premiers 20 à 25 mm de précipitations (ce qui représente environ 90 % à 95 % des évènements de pluie au Québec).

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55 % des eaux pluviales

ruissellent en milieu urbain contre moins de 10 % en milieu naturel.

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26 393 :

c’est le nombre de débordements enregistrés dans les stations d’épuration québécoises en 2013.

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270 litres d’eau potable

sont consommés au Québec par jour et par personne à des fins non alimentaires dans le secteur résidentiel. Une partie pourrait provenir des eaux de pluie récupérées : toilettes et arrosage notamment.

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Explorer les stratégies
pour infiltrer et retenir l’eau sur le site

Bonnes pratiques

  • Réduction de la superficie des allées asphaltées et bétonnées.
  • Réduction de la surface dédiée au stationnement (stationnement en souterrain, taille et nombre de cases réduites, etc.).
  • Utilisation de matériaux perméables pour les zones de passage des véhicules et les stationnements (pavé poreux, gazon renforcé, etc.).
  • Végétalisation maximale des surfaces extérieures disponibles, y compris les toits (toits verts extensifs ou intensifs).
  • Réduction de la pente du terrain pour favoriser l’infiltration naturelle.

Les Allées de Bellevue à Québec

Le pavé alvéolé est utile pour créer des surfaces carrossables utilisées de façon ponctuelle. Cela permet aux véhicules (d’urgence, camion de déménagement, etc.) d’accéder plus facilement aux logements sans nuire à la percolation de l’eau ni au paysage de la cour.

img Source: Vivre en Ville

Bonnes pratiques

Selon l’échelle du projet, différents aménagements, souvent végétalisés, peuvent recevoir, voire traiter, les eaux de ruissellement issues des toitures et des aires imperméables, par exemple :

  • Bande filtrante : pente douce végétalisée souvent placée en amont d’un jardin de pluie.
  • Jardin de pluie : pour filtrer et infiltrer les eaux provenant de petites surfaces (moins d’un hectare).
  • Puit absorbant : fosse en gravier qui dirige l’eau vers les couches profondes du sol.
  • Noues et fossés engazonnées : en bordure de rue ou de stationnement pour acheminer les eaux vers un exutoire.
  • Bassin de rétention (sec ou en eau) pour les plus grands projets.
  • Dans tous les cas, privilégier des essences indigènes pour limiter la consommation d’eau et l’entretien.

La Cité Verte à Québec

Les eaux pluviales de l’écoquartier sont captées par un réseau de noues et acheminées vers un bassin de rétention formé d’un lit de pierre planté de quenouilles. Ce dernier facilite l’infiltration des eaux de pluie et permet d’envoyer au réseau d’égout moins de la moitié du volume d’eau maximum autorisé par la Ville.

img Source: Vivre en Ville

Bonnes pratiques

  • Pour l’arrosage des espaces extérieurs : réservoir, citerne ou baril récupérateur branché sur un système de gouttière ou sur un drain pluvial.
  • Pour des usages résidentiels ne nécessitant pas d’eau potable (toilettes, etc.) : système plus sophistiqué comprenant filtres, réservoir intérieur enfoui ou souterrain et circuit de plomberie alternatif. A minima ce circuit pour être installé, en laissant la possibilité aux occupants de compléter le système a posteriori et sans travaux majeurs.
  • Attention, l’utilisation des eaux pluviales pour les douches et les bains est interdite au Canada, du moins sans un traitement (mécanique et UV ou chimique combiné).

Technopôle Angus à Montréal

À l’échelle du quartier, 95 % des eaux de pluie sont gérées in situ, notamment grâce à des fosses végétalisées et des bassins. D’autres initiatives sont à l’étude comme la récupération des eaux de pluie pour les toilettes dans les bureaux ou pour l’arrosage des jardins privés et les jardins en toiture.

img Source: Provencher Roy Consultez le cas >

Bonnes pratiques

Plusieurs dispositifs peuvent retenir et relâcher l’eau à débit contrôlé vers les égouts comme :

  • Une toiture réservoir pour les toits plats, certains dispositifs permettent de végétaliser et de stocker les eaux pluviales;
  • Un réservoir de rétention souterrain (au niveau des aires de stationnement par exemple).

Technopôle Angus à Montréal

Les eaux pluviales des bâtiments sont collectées dans les bassins végétalisés et mutualisés. Ces bassins sont reliés au réseau de la ville et fermés par une vanne intelligente. Ainsi, le système naturel d’évapo-transpiration est priorisé et s’il ne suffit pas, la vanne s’ouvre pour libérer progressivement le surplus vers le réseau de la ville. L’eau rejetée est alors plus propre car filtrée par les végétaux.

img Source: Provencher Roy Consultez le cas >

Bonnes pratiques

Les jardins de pluie peuvent, dans certains cas, permettre le stockage temporaire de neiges usées, il faut dans ce cas veiller à choisir des plantes appropriées tolérantes aux sels de déglaçage.

Technopôle Angus à Montréal

La neige est gérée à l’échelle du quartier et accumulée dans la place centrale.

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S’outiller pour mieux gérer les eaux pluviales

  • L’Atlas de la vulnérabilité préparé par l’Université Laval renseigne sur la distribution géographique des inégalités sociales face aux aléas hydrométéorologiques.

  • Le guide du ministère des Affaires municipales recense les bonnes pratiques en matière de gestion durable des eaux pluviales.

  • Le guide de conception des jardins de pluie de l’Université du Nebraska, traduit et adapté pour le Québec par l’Organisme de bassin versant Matapédia-Restigouche (OBVMR), donne de bons conseils pour aménager de tels espaces.